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Crise burundaise: le sommet des ministres des Affaires étrangères de l’EAC n’aura pas lieu

Dans une lettre rendue officielle ce mardi, le Secrétaire général de l’EAC, l’Ambassadeur Libérat Mfumukeko décide que le conseil des ministres qui prépare le sommet des Chefs d’Etat du 30 Novembre à Arsuha, en République Unie de Tanzanie, n’aura pas lieu.

Cette décision de Mpfumukeko est, au fond, contraire à celle du Président en exercice de l’EAC, le Président Yoweri Kaguta Museveni, qui a ordonné la tenue de cette réunion dans sa correspondance rendue officielle le 22 novembre 2018.  

Selon Maître Dieudonné Bashirahishize, Président du Collectif des Avocats des Parties Civiles qui prônent pour la justice du Burundi, réagit à ces agissements de Mpfumukeko.

« La lettre de Mpfumukeko laisse éclater au grand jour un bras de fer entre un secrétaire général de l'EAC qui agit selon les directives de Nkurunziza au lieu de privilégier les intérêts de la communauté Est-africaine. La volonté de Nkurunziza de saboter les travaux du 20 ème sommet des chefs d'États de l 'EAC montre que Nkurunziza n'a plus confiance dans cette communauté qui a couvert et toléré d'une certaine manière ses agissements anti démocratiques. Je pense que le fait pour Museveni d'avoir remis en doute la fiabilité d'une nouvelle constitution obtenue suite au forcing du CNDD-FDD doit avoir refroidi les relations entre les présidents ougandais et burundais. Nous osons espérer que le sommet des chefs d'État commence à constater que la crise burundaise a de fortes répercussions sur la vie socio économique de la région. Elle devrait mettre en application ses décisions notamment celle du 06/7/2015 qui stipulait clairement que le parti politique qui va gagner les élections contestées de 2015 n'aura pas le droit de changer la constitution ou de remettre en cause l'accord d'Arusha », indique Maitre Dieudonné Bashirahishize, dans une interview accordée à notre rédaction. 

Pour le président du CAVIB, il faudra que la médiation prenne les choses en main, à défaut de quoi, il interpelle l’Union Africaine et les Nations unies à se saisir du conflit burundais né depuis le mandat illégal de Pierre Nkurunziza :

« Si ce sommet ne parvient pas à prendre des décisions fortes notamment en remettant à sa juste place un secrétaire général de l'EAC qui se comporte en ambassadeur du Burundi et en imposant des sanctions contre le gouvernement de Bujumbura qui a refusé le dialogue, il faudra que l'Union Africaine , appuyée par les nations unies prennent la relève dans l'organisation du dialogue inter burundais pour redonner la chance à la paix, à l'État de droit et à la démocratie au Burundi », conclut Maître Dieudonné Bashirahishize.

Dans sa correspondance, le médiateur dans la crise burundaise avait indiqué que sur l’agenda de ce sommet, la question de la crise burundaise en est largement une priorité. Mais peu avant sa correspondance, le Président Pierre Nkurunziza avait envoyé une délégation au médiateur munie d’« un message spécial ». Ce message lui demandait de reporter le sommet des Chefs d’Etats de l’EAC prévu pour ce 30 novembre du fait que la correspondance invitant le Burundi dans ce sommet est parvenue de façon tardive à Bujumbura.  Cette demande a été pourtant déclinée par le médiateur, évoquant une suite d’étapes qu’à prises cette correspondance pour arriver à Bujumbura. A l’instant, on ignore ce qu’adviendra ce sommet du fait que le mini-sommet qui préparait celui des Présidents en exercice de l’EAC vient d’être annulé.

« Jamais la communauté Est-Africaine n’a semblé en position de dilemme pour faire plier Bujumbura.  Pire : les messages envoyés entre les Présidents Museveni et Nkurunziza viennent de produire un effet jusqu’ici inattendu dans le règlement d’une crise qui vient du mandat illégal de Pierre Nkurunziza d’Avril 2015. En octobre 2015, le président de l’Union Africaine avait même estimé  que le troisième mandat de Pierre Nkurunziza  n’était pas anticonstitutionnel. Une position en totale opposition avec un rapport d’experts juridiques, commandité par l’U.A en 2015, qui avait conclu que ce troisième mandat était bel et bien une entorse à la Constitution burundaise et donc aux Accords d’Arusha dont l’Union Africaine est la garante. On retrouve ici la distorsion qui peut naître de la différence d’approche entre les positions officielles d’une institution et celles, plus personnelles, de ses représentants. Est-ce le même phénomène qu’on observe maintenant dans l’EAC la lettre de l’Ambassadeur Liberat Mpfumukeko au médiateur et président ougandais Kaguta Yoweri Museveni sur le sort de la crise burundaise ?

Il y a trois ans, le Burundi plongeait dans une crise politique meurtrière. Le 25 avril 2015, le président burundais Pierre Nkurunziza se portait en effet candidat à un troisième mandat, contre l'aval d'une large frange de la société civile et de la classe politique, y compris au sein de son propre camp. Les violences générées par cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé près de 400.000 personnes à fuir le pays, selon le rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) publié le 30 septembre 2018.

Steve Baragafise

 


Journal Ukuri n°144

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