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Burundi : un pays à sauver ! (opinion )

Dr Dieudonné Birahinduka
                                                      Dr Dieudonné Birahinduka, président du CORENABU

Le Burundi est en crise depuis deux ans ou depuis des décennies dépendant de celui/celle à qui on parle.

Ce qui est universellement clair est que le pays a besoin d'être sauvé. Ceux qui établissent la crise burundaise aux décennies diraient qu’un sauveur a beaucoup tardé du point de l’inexistence.

Ce qui est marrant est que la vie continue. Un interlocuteur a dit que le chien aboie et la caravane passe. Mais celui-ci avait juste oublié que, à un certain moment,  ces chiens se fatiguent, deviennent enragés et la caravane, à ce moment, ne peut plus passer. 

La question est de qui va sauver le Burundi et quand ?

Les hommes et femmes du pouvoir pensent qu’ils font du bon boulot. Ou bien, ils savent que ce qu’ils font n’a plus de sens mais ils ne veulent pas le dire ouvertement pour éviter des récriminations. 

Toutes les religions du monde leur diraient qu’il faudrait , à  un certain moment,  se replier, arrêter, demander pardon et mener une vie meilleure dans l’avenir. Malheureusement toutes ces religions ont été battues sur l’ordre public et la plénitude d’une vie où tout le monde s’aime, une utopie que seules les victimes de cette éducation connaissent. 

Qui est prêt à venir sans pression dire “j’ai tué tel ou telle, je demande pardon”? Ou peut-être plus facile “j’ai volé telle somme  du fonds public pour me construire tel nombre de villas”? 

Pour les Burundais du pouvoir,  cela n’est pas possible car ils s’imaginent la suite. Un des arguments qui sillonne leurs cerveaux est que ce n’est pas pour la première fois que le pays a été en crise et que par conséquent cette période sera un jour traversée. Le malheur est que le monde continue à changer et si nous ne changeons pas au même rythme,  la souffrance n’est que la suite. 

Un simple exemple est la rareté des médias au Burundi il y a des décennies lorsque tout était sous le contrôle de l'Etat. Au 21è siècle, non seulement le peuple a les yeux plus ouverts,  mais aussi ce même peuple est très difficile à gérer pour arrêter la diffusion des ses idées et pensées. 

Faudrait-il justifier les crimes non dévoilés de l’histoire parce que personne ne pouvait en parler? Est-ce que le crime d’aujourd’hui a plus d’ampleur parce que il est parfois diffusé à l’instant même? Pour les premiers, revisiter le passé n’a pas de délai d’expiration. Pour les seconds, être pris à l’acte signifie une action immédiate. 

Après tout, indépendamment de quand la culpabilité a eu lieu, tout le monde sait que l’on moissonne ce qu’on a semé et un jour le moment opportun pour répondre viendra. 

Les Burundais de l’opposition se disent que c’est très simple: il faudrait que ceux qui sont au pouvoir dégagent et répondent aux questions multiples. Les raisons de cette demande font une longue liste: incompétence, malversations, crimes, violations des lois fondamentales. 

Mais au fait  où va-t-on et comment allons-nous arriver à sauver le pays?

Cette question est la plus chère de la vie sociale burundaise pour le paysan cultivateur qui bénit le beau temps et la bonne organisation sociale pour sa réussite. Eh oui, il ne faut pas seulement le beau temps pour une excellente récolte de sorgho, haricot, mais, café, thé, blé…Il faut aussi une bonne santé des cultivateurs, il faut des conditions de vie satisfaisantes pour ce cultivateur et il y a toute une combinaison de facteurs que le pouvoir public doit mettre sur place.

Pour le Burundais éduqué, c’est plus complexe car avec l'éducation, la vénération des dieux des cieux et des ancêtres diminue d’ampleur.

Y aurait-il une solution? 

Cette question a été posée maintes fois. Les optimistes disent que c’est demain tandis que les pessimistes disent qu’il faudrait accepter le statut quo, le style du syndrome de Stockholm (un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d’empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes d’identification et de survie). 

Des Burundais ont crié “au secours” et ils continuent à le faire. La communauté sous régionale et internationale a crié haut pour une sortie de la crise.  Avons-nous eu une solution?

Un ami diplomate qui a vécu au Burundi pendant une décennie se mettait à pleurer un jour pendant que nous nous embrassions à  la burundaise. La lecture qu’il a faite était plus de vérité que l’effet de l'alcool que nous partagions. Le résumé est le suivant : la culture burundaise de jalousie entre frères et sœurs, le régionalisme, l'ethnie mais surtout la pauvreté qui est le véhicule de tous ces fléaux.

Depuis le début de la crise actuelle, on a vu naître une multitude de groupes se déclarant être les garants de la solution? Beaucoup et beaucoup ont perdu leurs vies, dans le camp du pouvoir que dans l’opposition. Les uns semblent penser que la solution est dans leurs mains tandis que d’autres se disent “je perds la course, il faut que je me définisse vite et gagne vitesse”. Un observateur dirait: “vous souffrez la même douleur, pourquoi ne pas trouver la solution ensemble”.

Mais malheureusement par jalousie ou par bêtise mais surtout car tout geste posé vise à être au pouvoir et dire au revoir à la pauvreté, les frères et sœurs en souffrance deviennent des concurrents. Le chemin est long tant que nous ne luttons pas pour l'intérêt national et que tant que chacun de nous se transforme en apprenti qui pense que du jour au lendemain il deviendra un expert.

Qu’en est-il du régionalisme et de l'ethnisme? Et bien le pouvoir en place est accusé d’ethniciser la crise au pays, le régionalisme aussi. Pourtant tout Burundais appartient à une région. Tous les Burundais appartiennent aussi à une ethnie qu’on le veuille ou pas. Nier l’impact de ces deux facteurs à la politique nationale actuelle et précédente est une des raisons d'échec à trouver une solution. Le contexte du régionalisme et de l’ethnisme au petit pays doit être minutieusement considéré à chaque pas de nos vies car il fait partie de l’histoire. Pour mon interlocuteur, les Burundais doivent se dire ouvertement la vérité sur le contexte régional et ethnique pour avancer. Il ajoute qu’il faudrait reconnaitre les abus de certains groupes dans le passé, créer un climat de confiance et faire un voyage sans retour.

Quant à la pauvreté, elle semble être le véhicule qui anime le cercle vicieux des problèmes cycliques burundais. La pauvreté matérielle est surmontable mais cela ne crée qu’une villa sur le sable s’il n’y a pas de richesse intellectuelle.  Il semblerait que si les politiques burundaises antérieures avaient investi dans le développement intellectuel de tout Burundais, avec les conditions climatiques qui sont les meilleures en Afrique et nous découvrons petit à petit que notre sol est plein de minerais, ce pays aurait été le flambeau du continent. Eh bien, la pauvreté intellectuelle nous aide à nous déchirer par critère régional et par appartenance ethnique qui sont niés par certains. « Pauvres intellectuels », dit l’autre.

En est-on au moment de désespoir?

Les Burundais toujours éveillés, comme certains le disent, devraient comprendre que certains les guident sur une mauvaise trajectoire, qu’ils soient du pouvoir ou du reste de la population. Ce n’est pas toujours le chien qui aboie qui est le plus efficace. Certains Burundais conscients des problèmes mentionnés haut préfèrent parler par des actions tangibles pour sauver le pays d’une descente aux enfers. C’est de ceux-là que le peuple sera fier. Les pessimistes en ont marre et voudraient une sortie demain tandis que les optimistes semblent sûrs que demain apportera un beau climat au beau pays pour un bel avenir de tout Burundais. La paix suivie par un progrès et la prospérité viendra.  

Dr Dieudonné Birahinduka|www.corenabu.org


Journal UKURI n°84

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